1º Un pavillon tout neuf, blanc, fluet, couvert d'ardoises, grand luxe dans un pays ou l'on employait alors tout au plus la tuile, et couronné de deux mansardes à tympans festonnés et ornés de boules[10];

2º Un autre pavillon, déjà très-ancien, mais bien restauré, avec toit de mairain[11], et ressemblant à la forme de certains chalets suisses. Ce logis, qui contenait les cuisines, les offices et les chambres d'amis, offrait la disposition sauvage des vieux temps d'alarme. Il n'avait pas de porte extérieure, on n'y pénétrait que par les autres bâtiments; ses fenêtres donnaient sur le préau, et sa façade, tournée sur la campagne, avait pour tous huis deux petits trous carrés, placés dans le gable comme deux petits yeux méfiants sur une face muette;

3º Une tour prismatique à porte ogiviale, délicatement travaillée, ladite tour à toit d'ardoises, également quinquagone et surmontée d'un clocheton à épi et à girouette très-élancée. Cette tour contenait l'unique escalier du manoir et reliait le vieux logis et le logis neuf.

À ce massif tenaient d'autres constructions basses pour les domestiques de l'intérieur, logés sur le bord du fossé.

Le préau, avec son puits au milieu, était fermé par le manoir, l'étang, un autre logis à un seul étage, orné aussi de mansardes à boules de pierre, et destiné aux écuries, gens de suite et équipages de chasse; enfin, par la tour d'entrée, moins belle et moins grande que celle de la Motte-Seuilly, mais soutenue d'un mur de défense percé de meurtrières à fauconneaux, pour le balayage des abords du pont.

Cette chétive fortification était suffisante, en raison de la double enceinte des fossés: le premier, autour du préau, large, profond, à eau courante; le second, autour de la basse-cour, marécageux, mais garni de bonnes murailles.

Entre les deux enceintes, à la droite du pont, s'étendait le jardin, assez vaste, clos de murs élevés et de fossés bien tenus; à gauche, le mail, le chenil, le verger, la ferme et la prairie avec le pigeonnier seigneurial, la héronnière et la fauconnerie; vaste enclos s'étendant jusqu'aux maisons du bourg, qui, presque toutes, étaient la propriété du marquis.

Le bourg était fortifié, et, en quelques endroits, la base massive de ses petites murailles datait, dit-on, du temps de César.

En comparant l'exiguité du manoir avec l'étendue du domaine, avec le riche mobilier entassé dans les appartements et avec les habitudes luxueuses du seigneur, M. d'Alvimar se demanda la raison de ce contraste; et, comme il n'était guère enclin à la bienveillance, il en conclut que le marquis cachait peut-être sa fortune, non par avarice, mais parce que la source de cette fortune n'était pas bien claire.

Il ne se trompait pas précisément.