La connaissance fut bientôt faite.
Ces deux hommes sentirent, dès les premiers mots, qu'ils étaient aussi ambitieux l'un que l'autre.
Le recteur emmena d'Alvimar chez lui et l'invita à déjeuner.
—Je ne pourrai vous offrir, lui dit-il, qu'un repas bien pauvre; ma cuisine ne ressemble pas à celle du château. Je n'ai ni valets ni vassaux à mes ordres pour servir de pourvoyeurs à mes festins. La frugalité de ma table vous permettra donc de garder assez d'appétit pour faire honneur encore à celle du marquis, dont la cloche ne sonnera pas avant deux ou trois heures d'ici.
Il y avait, dans ce début, un sentiment d'aigreur jalouse contre le château qui n'échappa pas à l'Espagnol. Il se hâta d'accepter le déjeuner du recteur, certain d'apprendre là tout ça qu'il devait espérer ou craindre de l'hospitalité du marquis.
XIV
M. Poulain commença par dire du bien du châtelain.
C'était un très-bon homme; il avait de bonnes intentions; il donnait beaucoup aux pauvres, on ne pouvait le nier: malheureusement, il manquait de lumières, il distribuait ses aumônes à tort et à travers, sans consulter l'intermédiaire naturel entre le château et la chaumière, à savoir le recteur paroissial. Il était un peu fou, inoffensif par lui-même, dangereux par sa position, par sa richesse, par les exemples de sensualité raffinée, de légèreté et d'indifférence religieuse qu'il donnait à son entourage.
Et puis il avait chez lui un personnage très-suspect: ce joueur de cornemuse qui n'était peut-être pas aussi muet qu'il feignait de l'être, quelque hérétique ou faux savant, qui se mêlait d'astronomie, d'astrologie, peut-être!
Le vieux Adamas ne valait pas mieux: c'était un vil flatteur et un hypocrite; et ce page, si ridiculement affublé en petit gentilhomme, lui qui, comme bourgeois, n'avait pas le droit de porter du satin, et qui venait le dimanche à la messe avec une manière de surcot damassé!