»Nous étions ruinés. Pourtant, nous mîmes sur nous, mon père et moi, l'or que nous pouvions emporter, et nous partîmes sans nous plaindre. On nous promettait de nous conduire en Afrique, au pays de nos ancêtres.
»Alors nous demandâmes au Dieu de nos pères de nous reprendre pour ses fidèles enfants.
»On nous laissa, pendant le voyage, remettre nos anciens costumes, qui se conservaient depuis un siècle dans les familles, et chanter nos prières dans notre langue, que nous n'avions pas oubliée; car, en dépit des décrets, nous n'en parlions pas d'autre entre nous.
»Nous fûmes entassés comme des animaux sur les galères de l'État, mais, à peine embarqués, on nous demanda le prix de la traversée. La plupart n'avaient rien. On exigea que les riches payassent pour les pauvres.
»Mon père, voyant qu'on jetait à la mer ceux qui ne trouvaient pas de caution, paya sans regret pour tous ceux qui étaient dans notre embarcation; mais, quand on vit qu'il n'avait plus rien, on le jeta à la mer comme les autres!...»
Ici, la Morisque s'arrêta. Elle ne pleurait pas, mais sa poitrine était serré.
—Détestables coquins d'Espagnols! Pauvres Morisques! murmura le marquis.
Puis il ajouta, comme averti par un triste regard de Lucilio:
—Hélas! la France n'a fait mieux, et la régente les a traités absolument de même!
Mercédès reprit: