III
LE PROCÈS
—Ainsi, me dit-elle après m'avoir écouté avec attention, il n'y a pas moyen de le perdre?
—L'avis de mon père et le mien est que, pour le perdre, il faudrait le vouloir.
—Mais votre excellent père a bien compris que je le voulais absolument?
—Non, madame, répondis-je avec fermeté; car il s'agissait de faire mon devoir, et je rentrais dans le seul rôle convenable que j'eusse à jouer auprès de cette noble femme; non! mon père ne l'entend pas ainsi. Sa conscience lui défend de trahir les intérêts qui lui ont été confiés par M. le comte d'Ionis. Il croit que vous amènerez votre époux à une transaction, et il la rendra aussi acceptable que possible aux adversaires que vous protégez; mais il ne se résoudra jamais à vouloir persuader à M. d'Ionis que sa cause est mauvaise en justice.
—En justice légale! répliqua-t-elle avec un triste et doux sourire; mais, en justice vraie, en justice morale et naturelle, votre digne père sait bien que notre droit nous conduit à exercer une cruelle spoliation.
—Ce que mon père pense à cet égard, répondis-je un peu ébranlé, il n'en doit compte qu'à sa propre conscience. Quand l'avocat peut défendre une cause où les deux justices dont vous parlez sont en sa faveur, il est bien heureux, bien dédommagé de celles où il les trouve en opposition; mais il ne doit jamais approfondir cette distinction quand il a accepté bien volontairement son mandat, et vous savez, madame, que mon père n'a consenti à poursuivre M. d'Aillane que parce que vous l'avez voulu.
—Je l'ai voulu, oui! J'ai obtenu de mon mari que ce soin ne fût pas confié à un autre; j'ai espéré que votre père, le meilleur et le plus honnête homme que je connaisse, réussirait à sauver cette malheureuse famille de la rigoureuse poursuite de la mienne. Un avocat peut toujours se montrer retenu et généreux, surtout quand il sait qu'il ne sera pas désavoué par son principal client. Et c'est moi qui suis ce client, monsieur! Il s'agit de ma fortune et non de celle de M. d'Ionis, que rien ne menace.
—Il est vrai, madame; mais vous êtes en puissance de mari, et le mari, comme chef de la communauté...