—Jamais. N'est-elle pas encore au couvent?

—Oui, à Angers. On assure que c'est un ange. Ne serez-vous pas bien fier quand vous aurez réussi à plonger dans la misère une fille de bonne maison, qui comptait, à bon droit, sur un mariage honorable et sur une vie conforme à son rang et à son éducation? C'est là le grand désespoir qui attend son pauvre père. Mais voyons, dites-moi vos expédients; car vous avez cherché et trouvé quelque chose, n'est-ce pas?

—Oui! répondis-je après avoir réfléchi comme on peut réfléchir dans la fièvre, oui, madame, j'ai trouvé une solution.

IV
L'IMMORTELLE

J'eus à peine donné cette espérance de succès, que je m'effrayai de l'avoir eue moi-même. Mais il n'y avait plus moyen de reculer. Ma belle cliente me pressait de questions.

—Eh bien, madame, lui dis-je, il faut trouver le moyen de faire parler l'oracle, sans jouer le rôle d'imposteur; mais il faut que vous me donniez, sur l'apparition dont ce château passe pour être le théâtre, des détails qui me manquent.

—Voulez-vous voir les vieilles paperasses d'où j'ai tiré mon extrait? s'écria-t-elle avec joie. Je les ai ici.

Elle ouvrit un meuble dont elle avait la clef et me montra une assez longue notice, avec commentaires écrits à diverses époques par divers chroniqueurs attachés à la chapelle du château ou au chapitre d'un couvent voisin qui avait été sécularisé sous le dernier règne.

Comme je n'étais pas pressé de prendre un engagement qui eût abrégé le temps accordé à ma mission, je remis la lecture de ce fantastique dossier à la veillée, et je me laissai chastement cajoler par mon enchanteresse. Je m'imaginai qu'elle y mettait une délicate coquetterie, soit qu'elle tînt à ses idées au point de se compromettre un peu pour les faire triompher, soit que ma résistance excitât son légitime orgueil de femme irrésistible, soit enfin, et je m'arrêtais avec délices à cette dernière supposition, qu'elle sentît pour moi une estime particulière.