—Je n'aime personne! À l'heure qu'il est, je n'aime rien sur la terre, et je veux mourir si, dans une autre région de la vie, je peux vous suivre!

—Tu parles dans le délire. Pour être heureux dans la mort, il faut avoir été pur dans la vie. Tu as un devoir difficile à remplir, et c'est pourquoi tu m'as appelée. Fais donc ton devoir ou tu ne me reverras plus.

—Quel est-il, ce devoir? Parlez; je ne veux plus obéir qu'à vous seule.

—Ce devoir, répondit la néréide en se penchant vers moi et en me parlant si bas, que j'avais peine à distinguer sa voix du frais murmure de l'eau, c'est d'obéir à ton père. Et puis tu diras à la femme généreuse qui veut se sacrifier que ceux qu'elle plaint la béniront toujours, mais ne veulent point accepter son sacrifice. Je connais leurs pensées, car ils m'ont appelée et consultée. Je sais qu'ils luttent pour leur honneur, mais qu'ils ne sont pas effrayés de ce que les hommes appellent la pauvreté. Il n'y a pas de pauvreté pour les âmes fières. Dis cela à celle qui t'interrogera demain, et ne cède pas à l'amour qu'elle t'inspire jusqu'à trahir ta religion de famille.

—J'obéirai, je le jure! Et, à présent, révélez-moi les secrets de la vie éternelle. Où est votre âme maintenant? quelles facultés nouvelles a-t-elle acquises dans ce renouvellement?...

—Je ne puis te répondre que ceci: La mort n'existe pas; rien ne meurt; mais les choses de l'autre vie sont bien différentes de ce que l'on s'imagine dans le monde où tu es. Je ne t'en dirai pas davantage, ne m'interroge pas.

—Dites-moi, au moins, si je vous reverrai dans cette autre vie.

—Je l'ignore.

—Et dans celle-ci?

—Oui, si tu le mérites.