—Je vous veille, mon cher monsieur, répondit-il. Dieu merci, vous avez dormi deux bonnes heures. Vous vous sentez mieux, n'est-ce pas?
—Je me sens très-bien. J'ai donc été malade!
—Vous avez eu un gros accès de fièvre hier au soir, et cela a duré une partie de la nuit. C'est l'effet de la grande chaleur. Vous ne pensez jamais à mettre votre chapeau quand vous allez au jardin! Pourtant madame votre mère vous l'avait si bien recommandé!
Zéphyrine entra, s'informa de moi avec beaucoup d'intérêt, et m'engagea à prendre encore une cuillerée de ma potion calmante.
—Soit, lui dis-je, bien que je n'eusse aucun souvenir de cette potion: un hôte malade est incommode, et je ne demande qu'à guérir vite.
La potion me fit réellement grand bien, car je dormis encore et rêvai de mon immortelle. Quand j'ouvris les yeux, je vis, au pied de mon lit, une apparition qui m'eût charmé l'avant-veille, mais qui me contraria comme un reproche importun. C'était madame d'Ionis, qui venait elle-même s'informer de moi et surveiller les soins que l'on me donnait. Elle me parla avec amitié et me marqua de l'intérêt véritable. Je la remerciai de mon mieux et l'assurai que je me portais fort bien.
Alors apparut la tête grave d'un médecin, qui examina mon pouls et ma langue, me prescrivit le repos, et dit à madame d'Ionis:
—Ce ne sera rien. Empêchez-le de lire, d'écrire et de causer jusqu'à demain, et il pourra retourner dans sa famille après-demain.
Resté seul avec Baptiste, je l'interrogeai.
—Mon Dieu, monsieur, me dit-il, je suis bien embarrassé pour vous répondre. Il paraît que la chambre où vous étiez passe pour être hantée...