—Et toi, Joset? dit Brulette, qui prit enfin garde à l'air ennuyé de notre camarade. Toi qui es absent depuis plus d'une année, n'es-tu pas content d'approcher de ton endroit?
—Excuse-moi, Brulette, répondit Joseph; je ne sais pas de quoi vous parlez. J'avais dans la tête de me souvenir de la chanson du grand bûcheux, et il y a, au milieu, une petite revirade que je ne peux pas rattraper.
—Bah! dit Brulette, c'est quand la chanson dit: J'entends le rossignolet.
Et, le disant, elle le chanta tout au juste, ce dont Joseph, comme réveillé, sauta de joie sur la charrette en frappant ses mains.
—Ah! Brulette, dit-il, que tu es donc heureuse de te souvenir comme ça! Encore, encore J'entends le rossignolet!
—J'aime mieux dire toute la chanson, fit-elle, et elle nous la chanta tout entière sans en omettre un mot; ce qui mit Joseph en si grande joie, qu'il lui serra les mains en lui disant avec un courage dont je ne l'aurais pas cru capable, qu'il n'y avait qu'un musicien pour être digne de son amitié.
—Le fait est, dit Brulette, qui songeait à Huriel, que si j'avais un bon ami, je le souhaiterais beau sonneur et beau chanteur.
—Il est rare d'être l'un et l'autre, reprit Joseph. La sonnerie casse la voix, et sauf le grand bûcheux...
—Et son fils! dit Brulette, parlant à l'étourdie.
Je lui poussai le coude, et elle voulut parler d'autre chose; mais Joseph, qui n'était pas sans être mordu de jalousie, revint sur la chanson.