—Quant à moi, répondit-elle en mettant ses affiquets sur son lit, j'irai si Brulette s'en tourmente; mais, si elle peut m'oublier un peu, je vous confesse que j'aimerais mieux rester tranquille. Dans tous les cas, je serai prête en un moment, et n'ai besoin de personne pour me conduire. Je suis habituée à chercher et à préparer les logements en voyage, comme un vrai sergent en campagne, et ne suis embarrassée de rien, en quelque lieu que je me trouve.

—Vous n'aimez donc pas la danse, lui dis-je, puisque ce n'est pas la honte des nouvelles connaissances qui vous fait préférer de rester seule au logis?

—Non, je n'aime pas la danse, répondit-elle, ni le bruit, ni la table, ni surtout le temps perdu qui laisse venir l'ennui.

—Mais on n'aime pas toujours la danse pour la danse. Vous avez donc crainte ou répugnance des propos que les garçons font avec les jeunes filles?

—Je n'ai répugnance ni crainte, dit-elle simplement. Cela ne m'amuse pas, voilà tout. Je n'ai pas l'esprit de Brulette. Je ne sais répondre à propos, ni plaisanter, ni pousser personne à la causerie. Je suis sotte et rêvasseuse, enfin je m'imagine d'être aussi mal placée en une compagnie que le serait un loup ou un renard que l'on inviterait à danser.

—Vous n'avez pourtant mine de loup ni d'aucune bête chafouine, et vous dansez d'une aussi belle grâce que les branches des saules quand un air doux les caresse.

Je lui en aurais dit davantage, mais Huriel sortit de sa chambre, beau comme un soleil, et plus pressé de s'en aller que moi, qui me serais bien convenu en la compagnie de sa sœur. Elle le retint un peu pour lui arranger sa cravate et lui nouer ses jarretières de dessus, ne le trouvant jamais assez bien pour être digne de danser toute une noce avec Brulette; et ce faisant:—Nous expliqueras-tu, lui dit-elle, pourquoi tu t'es montré si jaloux de ne la laisser se divertir qu'avec toi? Ne crains-tu pas de la choquer par un si prompt commandement?

—Tiennet! dit Huriel, s'arrêtant tout d'un coup de s'arranger, et prenant Charlot qu'il mit sur la table pour le regarder tout son soûl, à qui est cet enfant-là?

Thérence, étonnée, demanda d'abord à lui, pourquoi il faisait cette, question-là, et ensuite à moi, pourquoi je n'y répondais point.

Nous nous regardions tous les trois dans les yeux, comme trois essottis, et j'aurais donné gros pour pouvoir répondre, car je voyais bien qu'une pierre menaçait de nous tomber sur la tête. Enfin, je pris courage en me souvenant de ce que j'avais senti, ce jour-là même, d'honnêteté et de vérité dans les yeux de ma cousine, à une pareille question que je lui avais faite; et allant tout de suite de l'avant, je répondis à Huriel:—Mon camarade, si tu viens en notre village, beaucoup de gens te diront que Charlot est l'enfant de Brulette...