—Oui, mais elle ne veut pas seulement qu'on la questionne là-dessus.

—Nie-t-elle que l'enfant soit à elle?

—Personne n'a jamais osé le lui demander!

—Pas même toi?

Je racontai en trois mots ce que je savais, ce que je croyais, et je finis en disant:—Rien ne peut me servir de preuve pour ou contre Brulette; mais, j'ai beau faire, je ne peux pas la soupçonner.

—Eh bien, ni moi non plus! dit Huriel. Et, donnant un baiser à Charlot, il le remit par terre.

—Ni moi non plus, dit Thérence; mais pourquoi cette idée est-elle venue à d'autres, et comment l'est-elle venue à toi, mon frère, en regardant cet enfant? Je n'avais pas seulement songé à demander s'il était neveu ou cousin de Brulette. Je me disais qu'il était apparemment de sa famille, et il me suffisait de le voir sur ses bras pour que je voulusse le prendre sur les miens.

—Il faut donc que je t'explique cela, dit Huriel, encore que les mots me brûlent la bouche. Eh bien oui, j'aime mieux le dire! Ce sera, l'unique fois, car mon parti est pris, quoi qu'il y ait, quoi qu'il arrive! Sache, Thérence, qu'il y a trois jours, quand nous avons quitté Joseph à Montaigu... tu sais comme je partais le cœur libre et content! Joseph était guéri, Joseph renonçait à Brulette, Joseph te demandait en mariage, et Brulette n'était pas mariée! il le disait. Il la regardait comme libre aussi, et, à toutes mes questions, il répondait: «Comme tu voudras, je n'en suis plus amoureux; tu peux l'aimer sans que je m'en inquiète.»

«Eh bien, sœur, au moment où nous le quittions, il me retint par le bras et me dit, pendant que tu montais sur la charrette: «Est-ce donc vrai? est-ce décidé, Huriel, que tu vas au pays de chez nous? Et ton idée est-elle de faire la cour à celle que j'ai tant aimée?

»—Oui, lui dis-je, puisque tu veux le savoir. C'est mon idée, et tu n'as plus le droit de revenir sur la tienne, ou je croirais que tu as voulu te jouer de moi en me demandant ma sœur.