—C'est ma volonté, dit Huriel d'un ton sec qui ne démonta point ma tante.
—Et c'est d'autant mieux de votre part, que la pauvre Brulette a plus d'ordre que de bien. Vous savez sans doute que toute sa dot tiendrait bien dans votre verre, et si, n'y a-t-il point de louis d'or dans son compte.
—Eh bien, tant mieux, dit Huriel; le compte en sera fait vitement, et je n'aime point à perdre mes heures dans les additions.
—D'ailleurs; fit ma tante, un enfant tout élevé est un embarras de moins dans un ménage, surtout si le père fait son devoir, comme il le fera, je vous en réponds!
Le pauvre Huriel eut chaud et froid; mais, pensant que ce fût une épreuve, il la soutint et dit:
—Le père fera son devoir, moi aussi, j'en réponds! car il n'y aura pas d'autre père que moi pour tous les enfants nés ou à naître.
—Oh! quant à ça, reprit-elle, vous n'en serez pas le maître, je vous en donne ma parole!
—J'espère que si, dit-il en serrant son verre, comme s'il l'eût voulu écraser dans ses doigts. Quiconque abandonne son bien n'a plus à y repêcher, et je suis un gardien assez fidèle pour ne point souffrir les maraudeurs.
Ma tante allongea sa petite main sèche et la passa sur le front d'Huriel. Elle y sentit la sueur, encore qu'il fût très-pâle; et, changeant tout à coup sa mine de malin diable en une figure bonne et franche comme l'était le fond de son cœur:
—Mon garçon, lui dit-elle, mettez vos coudes sur la table et venez ici tout auprès de ma bouche. Je vous veux donner un bon baiser sur la joue.