—Qui? quoi? qu'est-ce que c'est? m'écriai-je, pensant qu'il avait quelque vision, et ne me souciant pas d'en avoir ma part.
Puis j'écoutai, et saisis tout au loin le son d'une musette qui me parut n'avoir rien que de naturel.
—Eh bien, lui dis-je, c'est quelque cornemuseux qui revient d'une noce du côté de la Berthenoux? En quoi est-ce que ça te gêne?
Joseph répondit d'un air assuré:—C'est la musette à Carnat, mais ce n'est point lui qui en joue... C'est quelqu'un qui est encore plus maladroit que lui!
—Maladroit? Tu trouves Carnat maladroit sur la musette?
—Maladroit de ses mains, non pas! mais maladroit de son idée, Tiennet! Oh, le pauvre homme! Il n'est pas digne d'avoir le moyen d'une musette! Et celui qui s'en essaye, à cette heure, mériterait que le bon Dieu lui retire son vent de la poitrine.
—Voilà des choses bien étranges que tu me dis, et je ne sais point où tu les prends. Comment peux-tu connaître que cette musette-là est celle à Carnat? Il me semble, à moi, que musette pour musette, ça braille toujours de la même mode. J'entends bien que celle qui sonne là-bas n'est pas soufflée comme il faut, et que l'air est estropié un si peu; mais ça ne me gêne point, car je n'en saurais pas faire autant. Est-ce que tu crois que tu ferais mieux?
—Je ne sais pas! mais, pour sûr, il y en a qui font mieux que ce cornemuseux-là, et mieux que Carnat, son maître. Il y en a qui sont dans la vérité de la chose.
—Où les as-tu trouvés? Où sont-ils, ces gens dont tu parles?
—Je ne sais pas; mais il y a quelque part une vérité, c'est le tout de la rencontrer, puisqu'on n'a pas le temps et le moyen de la chercher.