Comme j'étais allumé un peu plus que de coutume, je me trouvai assez courageux pour lui dire:—Si la bouche d'un étranger vous a offensé la peau, celle d'un ami peut enlever la tache. Mais elle me repoussa en répondant:—Il est parti, et il y a sagesse à oublier ceux qui s'en vont.

—Mêmement le pauvre Joset?

—Oh! celui-là, c'est différent, dit-elle.

—Pourquoi différent? Vous ne répondez point? Ah! Brulette, vous en tenez pour...

—Pour qui? dit-elle vivement. Comment s'appelle-t-il? Dis donc, puisque tu le connais?

—C'est, lui répondis-je en riant, l'homme noir pour qui Joset s'est donné au diable, et qui vous a fait peur, un soir de ce printemps que vous étiez en ma maison.

—Non, non, tu te moques! Dis-moi son nom, son état, son pays?

—Non pas, Brulette! Tu dis qu'il faut oublier les absents, et j'aime autant ne pas te faire changer d'avis.

Le monde de la paroisse s'étonna bien de voir le cornemuseux parti comme par miracle, sans qu'on eût songé à s'informer de lui. Quelques-uns l'avaient bien questionné; mais à l'un il avait dit être Marchois et s'appeler d'une façon, à l'autre il avait dit autrement, et nul ne savait la vérité. Je leur jetai encore un nom différent pour les dérouter, non pas qu'Huriel le gâteux de blés eût rien à craindre de personne, après qu'Huriel le cornemuseux avait si bien monté la tête à tout le monde, mais pour me divertir, et aussi pour faire enrager Brulette. Puis, quand on me demanda d'où je le connaissais, je répondis, en me moquant, que je ne le connaissais pas; qu'il lui avait pris fantaisie, en arrivant, de m'accoster comme un ami, et que j'avais répondu de même par manière de plaisanter.

Cependant, Brulette m'ayant questionné à fond, force me fut de lui dire ce que j'en savais, et encore que ce ne fût pas grand'chose, elle regretta de l'entendre, car elle avait, comme beaucoup de gens du pays, un grand préjugé contre les étrangers, et contre les muletiers principalement.