Il se leva bientôt et s'en fut joindre Brulette en sa petite bergerie, qui n'était qu'un pauvre hangar en planches rembourrées de paille, où elle tenait un lot d'une douzaine de bêtes.

Il s'y jeta sur les bourrées, et comme je l'avais suivi, par crainte d'être jugé curieux si je restais sans lui à la maison, je vis qu'il pleurait en dedans, encore que ses yeux n'eussent point de larmes.

—Est-ce que tu dors, Joset, lui dit Brulette, que te voilà couché comme une ouaille malade? Allons, donne-moi ces fagots où te voilà étendu, que je fasse manger la feuille à mes moutons.

Et ce faisant, elle se prit à chanter; mais tout doucettement, car il ne convient guère de brailler un jour de première communion.

Il me parut que son chant faisait sur Joseph l'effet accoutumé de le retirer de ses songes; il se leva et s'en fut, et Brulette me dit:

—Qu'est-ce qu'il a? je le trouve plus sot que d'accoutumance.

—Je crois bien, lui répondis-je, qu'il a fini par entendre qu'il va être loué et quitter sa mère.

—Il s'y attendait bien, reprit Brulette. N'est-ce pas dans l'ordre, qu'il entre en condition, sitôt le sacrement reçu? Si je n'avais le bonheur d'être seule enfant à mon grand-père, il me faudrait bien aussi quitter la maison et gagner ma vie chez les autres.

Brulette ne me parut pas avoir grand regret de se séparer de Joseph; mais quand je lui eus dit que la Mariton allait se louer aussi et demeurer loin d'elle, elle se prit à sangloter et, courant la trouver, elle lui dit en lui jetant ses bras au cou:—Est-ce vrai, ma mignonne, que vous me voulez quitter?

—Qui t'a dit cela? répondit la Mariton: ce n'est point encore décidé.