Quand il me parut avoir fini, je lui souhaitai bonnes matines, espérant avoir de lui quelque nouvelle; mais il me fit signe de me taire, se leva, ramassa sa besace, regarda bien la place où il s'était agenouillé, et avec son pied quasi nu, releva l'herbe et nivela le sable qu'il avait foulés; puis, il m'emmena à une petite distance et me dit à voix couverte:

—Puisque vous savez ce qui en est, je ne suis pas fâché de vous parler avant que je reprenne ma tournée.

Le voyant en humeur de causer, je me gardai de le questionner, ce qui l'eût rendu peut-être plus méfiant; mais, au moment qu'il ouvrait la bouche, Huriel se montra devant nous et parut si surpris et même contrarié de me voir là, que j'en fus embarrassé de mon côté, comme si j'étais pris en faute.

Il faut dire aussi qu'Huriel m'eut peut-être effrayé si je l'eusse rencontré seul à seul dans la brume du matin. Il était plus barbouillé de noir que je ne l'avais encore vu, et un mouchoir, serré sur sa tête, cachait si bien ses cheveux et son front, qu'on ne voyait guère de sa figure que ses grands yeux, qui paraissaient creusés et qui avaient perdu leur feu ordinaire. Il avait l'air d'être son propre esprit plutôt que son propre corps, tant il glissait doucement sur les bruyères, comme s'il eût craint d'éveiller même les grelets et les moucherons cachés dans l'herbe.

Le moine prit le premier la parole, non pas comme un homme qui en accoste un autre, mais comme celui qui reprend un entretien après un peu de dérangement:—Puisque le voilà, dit-il en me montrant, il est utile de lui faire des recommandations sérieuses, et j'étais en train de lui dire.

—Puisque vous lui avez tout dit... reprit Huriel en lui coupant la parole d'un air de reproche.

À mon tour, je coupai la parole à Huriel pour lui apprendre que je ne savais encore rien, et qu'il était libre de me cacher ce qu'il avait sur le bout de la langue.

—C'est bien à toi, répondit Huriel, de ne pas chercher à en savoir plus long qu'il ne faut; mais si c'est ainsi, frère Nicolas, que vous gardez un secret de cette conséquence, je regrette de m'être fié à vous.

—Ne craignez rien, dit le carme. Je croyais ce jeune homme aussi compromis que vous!

—Il ne l'est pas du tout, dit Huriel, Dieu merci! C'est assez de moi!