—Nous n'y sommes point! répondit la Floriani. Ce n'est pas encore dans quinze jours qu'il pourra se remettre en route. C'est à peine s'il peut faire le tour du jardin maintenant, et tu sais bien que les forces reviennent moins vite qu'elles ne tombent.

—Supposons que cette convalescence dure encore un mois! il y a une fin à tout; nous ne pouvons pas rester éternellement à ta charge, et il faudra bien se séparer!

—Sans aucun doute; mais je désire que ce soit le plus tard possible. Vous ne m'êtes point à charge; je suis bien payée des soins que j'ai donnés à ton ami par le bonheur que j'éprouve de le voir sauvé; et, d'ailleurs, sa reconnaissance est si grande, si bonne, si tendre, que je me suis mise à l'aimer, presque autant que tu l'aimes toi-même. Il est naturel de soigner et de consoler ceux qu'on aime. Je ne vois donc pas que tu aies lieu de me tant remercier.

—Tu ne veux pas m'entendre, mon excellente amie; l'avenir m'inquiète!

—Quoi? la vie du prince? elle n'est point du tout compromise par cette maladie. Je l'ai assez étudié; il est parfaitement bien organisé. Il vivra plus que toi et moi, peut-être!

—J'en suis presque certain aussi; j'ai bien vu, cette fois, quelles ressources il y a dans ces tempéraments nerveux; mais son avenir moral, y songes-tu, Lucrezia?

—Mais il me semble que je n'en suis pas chargée... Pourquoi me demandes-tu cela?

—Je ne devrais pas être surpris qu'une nature aussi loyale et aussi généreuse que la tienne portât la naïveté jusqu'à l'aveuglement; pourtant il est bien étrange que tu ne me comprennes pas.

—Eh bien, non, je ne te comprends pas; parle clairement, voyons.

—Parler clairement d'une chose aussi délicate, à quelqu'un qui ne vous aide pas du tout, c'est brutal! Et pourtant, il le faut. Eh bien, Karol t'aime!