Un jour qu'ils allaient de Milan à Venise, ils se trouvèrent non loin d'un lac qui brillait au soleil couchant comme un diamant dans la verdure.
—N'allons pas plus loin aujourd'hui, dit Salvator, qui remarquait sur le visage de son jeune ami une fatigue profonde. Nous faisons de trop longues journées, et nous nous sommes épuisés hier, de corps et d'esprit, à admirer le grand lac de Côme.
—Ah! je ne le regrette pas, répondit Karol, c'est le plus beau spectacle que j'aie vu de ma vie. Mais couchons où tu voudras, peu m'importe.
—Cela dépend de l'état où tu te trouves. Pousserons-nous jusqu'au prochain relais, ou bien ferons-nous un petit détour pour aller jusqu'à Iseo, au bord du petit lac? Comment te sens-tu?
—Vraiment, je n'en sais rien!
—Tu n'en sais jamais rien! C'est désespérant! Voyons, souffres-tu?
—Je ne crois pas.
—Mais, tu es fatigué?
—Oui, mais pas plus que je ne le suis toujours.
—Alors, gagnons Iseo; l'air y sera plus doux que sur ces hauteurs.