—Maman ne vous laissera pas partir sans vous dire bonjour, reprit la petite.
—Non, non, je n'ai pas le temps de m'arrêter, dit l'étranger visiblement troublé; tu diras à ta mère que je la salue... Elle se porte bien, ta mère?
—Très-bien, elle est à la maison. N'est-ce pas que Salvator a beaucoup grandi?
—Et embelli! répondit l'étranger. C'est un ange! Ah! s'il voulait me laisser l'embrasser!... Mais il a peur de moi, et je ne veux pas le faire pleurer.
—Salvator, dit la petite, embrassez donc monsieur. C'est votre bon ami, que vous avez oublié! Allons, mettez vos petits bras à son cou. Vous aurez du bonbon, et je dirai à maman que vous avez été très-aimable.
L'enfant céda, et après avoir embrassé l'étranger, il redemanda ses coquillages et ses cailloux et se remit à jouer sur le sable.
L'étranger s'était appuyé contre la nacelle; il regardait l'enfant avec des yeux pleins de larmes. Le prince, la bonne et Biffi, qui le surveillaient attentivement, semblaient invisibles pour lui.
Cependant, au bout de quelques instants, il parut remarquer leur présence et sourit de l'anxiété qui se peignait encore sur leurs figures. Celle de Karol attira surtout son attention, et il fit un mouvement pour se rapprocher de lui.
—Monsieur, lui dit-il, n'est-ce point au prince de Roswald que j'ai l'honneur de parler?
Et, sur un signe affirmatif du prince, il ajouta: «Vous commandez ici, et moi, je ne connais dans cette maison, probablement, que les enfants et leur mère; ayez l'obligeance de dire à ces braves serviteurs de s'éloigner un peu, afin que j'aie l'honneur de vous dire quelques mots.»