En parlant ainsi, Orio se leva, et, renouvelant ses offres de service à Ezzelin d'un ton qui cette fois semblait l'avertir qu'il les accepterait en pure perte, il lui demanda quelles étaient ses intentions pour le lendemain.
«Mon intention, répondit le comte, est de partir dès le point du jour pour Corfou, et je rends grâce à votre seigneurie de ses offres. Je n'ai besoin d'aucune escorte, et ne crains pas une nouvelle attaque des pirates. J'ai vu aujourd'hui ce que je devais attendre d'eux, et, tels que je les connais, je les brave.
—Vous me ferez du moins l'honneur, dit Soranzo, d'accepter pour cette nuit l'hospitalité dans ce château; mon propre appartement vous a été préparé…
—Je ne l'accepterai pas, messer, répondit le comte. Je ne me dispense jamais de coucher à mon bord quand je voyage sur les galères de la république.»
Orio insista vainement. Ezzelin crut devoir ne point céder. Il prit congé de Giovanna, qui lui dit à voix basse, tandis qu'il lui baisait la main:
«Prenez garde à mon rêve! soyez prudent?»
Puis elle ajouta tout haut:
«Faites mon message fidèlement auprès d'Argiria.»
Ce fut la dernière parole qu'Ezzelin entendit sortir de sa bouche. Orio voulut l'accompagner jusqu'à la poterne du donjon, et il lui donna un officier et plusieurs hommes pour le conduire à son bord. Toutes ces formalités accomplies, tandis que le comte remontait sur sa galère, Orio Soranzo se traîna dans son appartement, et tomba épuisé de fatigue et de souffrance sur son lit.
Naam ferma les portes avec soin, et se mit à panser sa main brisée.