—Il faut bien que je fasse ce que vous commandez, monsieur l'abbé, puisque c'est pour le salut de cette chère maîtresse!
—Bien, Misie, Dieu vous en récompensera! Conduisez-moi par l'escalier du vieux château.»
Ils passèrent devant Henri; ils étaient arrêtés tout près de lui pour se consulter. Il attendit qu'ils fussent loin pour sortir de l'enclos par le fond du jardin et aller au-devant de la voiture qui ramenait les maîtres du manoir et M. Lemontier. Il invita ce dernier à descendre pour se dégourdir un peu les jambes, et, tout en suivant la voiture qui entrait au pas, il le mit au courant de ce qui venait de se passer.
«Ce n'est pas le moment des commentaires, lui répondit M. Lemontier, poursuivons ce que tu as mené avec tant de prudence. Observons, et ne laissons pas soupçonner que nous avons les yeux ouverts. Rentre avec nous au château et laisse-moi agir. Avant tout cependant, il faudrait savoir s'il n'y a personne de caché dans l'appartement de Lucie, et il faudrait s'en assurer à l'insu des domestiques.»
M. Lemontier prit Lucie à part dès qu'elle fut rentrée et lui demanda si Misie faisait le service de son appartement.
«Non, dit-elle; mais, chargée de la lingerie, elle entre souvent chez moi.
—Votre femme de chambre est-elle dévote?
—Louise? Pas du tout. Elle est en réaction contre Misie, dont elle est jalouse.
—Voulez-vous l'occuper ici, en bas, ainsi que Misie, et m'autoriser à visiter votre appartement?
—Certes! Mais croyez-vous donc qu'il y ait chez moi quelqu'un de caché?