—Bonsoir, enfants; Dieu soit avec vous!... nous disait-il, lorsque la pierre siffla à son oreille et alla frapper une chouette apprivoisée qui faisait les délices de Patience et qui commençait à s'éveiller avec la nuit dans le lierre dont la porte était couronnée.

La chouette jeta un cri aigu et tomba sanglante aux pieds de son maître, qui lui répondit par un rugissement et resta immobile de surprise et de fureur pendant quelques secondes. Puis, tout à coup, prenant par les pieds la victime palpitante, il l'enleva de terre, et, venant à notre rencontre:

—Lequel de vous, malheureux, s'écria-t-il d'une voix tonnante, a lancé cette pierre?

Celui de mes compagnons qui marchait le dernier s'enfuit avec la rapidité du vent; mais Sylvain, saisi par la large main du sorcier, tomba les deux genoux en terre, en jurant par la sainte Vierge et par sainte Solange, patronne du Berry, qu'il était innocent du meurtre de l'oiseau. J'avais, je l'avoue, une forte démangeaison de le laisser se tirer d'affaire comme il pourrait, et d'entrer dans le fourré. Je m'étais attendu à voir un vieux jongleur décrépit, et non à tomber dans les mains d'un ennemi robuste; mais l'orgueil me retint.

—Si c'est toi, disait Patience à mon compagnon tremblant, malheur à toi, car tu es un méchant enfant, et tu seras un malhonnête homme! Tu as fait une mauvaise action; tu as mis ton plaisir à causer de la peine à un vieillard qui ne t'a jamais nui, et tu l'as fait avec perfidie, avec lâcheté, en dissimulant et en lui disant le bonsoir avec politesse. Tu es un menteur, un infâme; tu m'as arraché ma seule société, ma seule richesse; tu t'es réjoui dans le mal. Que Dieu te préserve de vivre, si tu dois continuer ainsi!

—Ô monsieur Patience! criait l'enfant en joignant les mains, ne me maudissez pas, ne me charmez pas, ne me donnez pas de maladie; ce n'est pas moi! Que Dieu m'extermine si c'est moi!...

—Si ce n'est pas toi, c'est donc celui-là? dit Patience en me prenant par le collet de mon habit, et en me secouant comme un arbrisseau qu'on va déraciner.

—Oui, c'est moi, répondis-je avec hauteur, et si vous voulez savoir mon nom, apprenez qu'on m'appelle Bernard Mauprat, et qu'un vilain qui touche à un gentilhomme mérite la mort.

—La mort! toi, tu me donneras la mort, Mauprat! s'écria le vieillard pétrifié de surprise et d'indignation. Et que serait donc Dieu si un morveux comme toi avait le droit de menacer un homme de mon âge? La mort! ah! tu es bien un Mauprat, et tu chasses de race, chien maudit! Cela parle de donner la mort, et tout au plus si cela est né! La mort, mon louveteau! sais-tu que c'est toi qui mérites la mort, non pas pour ce que tu viens de faire, mais pour être fils de ton père et neveu de tes oncles? Ah! je suis content de tenir un Mauprat dans le creux de ma main et de savoir si un coquin de gentilhomme pèse autant qu'un chrétien.

Et en même temps il m'enlevait de terre comme il eût fait d'un lièvre.