Cette parure fantastique pour moi, cette fleur de jeunesse et ce bon accueil qu'elle semblait faire à mes prétentions, c'en était bien assez pour me rendre fou d'amour et de joie. Je ne comprenais rien de plus agréable qu'une belle femme qui se donnait sans paroles grossières et sans larmes de honte. Mon premier mouvement fut de la saisir dans mes bras; mais, comme vaincu par ce besoin irrésistible d'adoration qui caractérise le premier amour, même chez les êtres les plus grossiers, je tombai à ses genoux et je les pressai contre ma poitrine; c'était pourtant, dans cette hypothèse, à une grande dévergondée que s'adressait cet hommage. Je n'en étais pas moins près de m'évanouir.

Elle prit ma tête dans ses deux belles mains, en s'écriant:

—Ah! je le voyais bien, je le savais bien, que vous n'étiez pas un de ces réprouvés. Oh! vous allez me sauver, Dieu merci! Soyez béni, ô Dieu! et vous, mon cher enfant, dites de quel côté... Vite, fuyons! Faut-il sauter par la fenêtre? Oh! je n'ai pas peur, mon cher monsieur; allons!

Je crus sortir d'un rêve, et j'avoue que cela me fut horriblement désagréable.

—Qu'est-ce à dire? lui répondis-je en me relevant; vous jouez-vous de moi? ne savez-vous pas où vous êtes, et croyez-vous que je sois un enfant?

—Je sais que je suis à la Roche-Mauprat, répondit-elle en redevenant pâle, et que je vais être outragée et assassinée dans deux heures si, d'ici là, je n'ai pas réussi à vous inspirer quelque pitié. Mais j'y réussirai, s'écria-t-elle en tombant à son tour à mes genoux, vous n'êtes pas un de ces hommes-là. Vous êtes trop jeune pour être un monstre comme eux; vous avez eu l'air de me plaindre; vous me ferez évader, n'est-ce pas, n'est-ce pas, mon cher cœur?

Elle prenait mes mains et les baisait avec ardeur pour me fléchir; je l'écoutais et je la regardais avec une stupidité peu faite pour la rassurer. Mon âme n'était guère accessible par elle-même à la générosité et à la compassion, et, dans ce moment, une passion plus violente que tout le reste faisait taire en moi ce qu'elle essayait d'y trouver. Je la dévorais des yeux sans rien comprendre à ses discours. Toute la question pour moi était de savoir si je lui avais plu, ou si elle avait voulu se servir de moi pour la délivrer.

—Je vois bien que vous avez peur, lui dis-je; vous avez tort d'avoir peur de moi; je ne vous ferai certainement pas de mal. Vous êtes trop jolie pour que je songe à autre chose que vous caresser.

—Oui, mais vos oncles me tueront, s'écria-t-elle, vous le savez bien. Est-il possible que vous vouliez me laisser tuer? Puisque je vous plais, sauvez-moi, je vous aimerai après.

—Oh! oui, après, après! lui répondis-je en riant d'un air niais et méfiant, après que vous m'aurez fait pendre par les gens du roi, que je viens d'étriller si bien. Allons, prouvez-moi que vous m'aimez tout de suite, je vous sauverai après; après, moi aussi.