M. de La Marche accompagna mon oncle à la Comédie-Française. Edmée dit qu'elle avait à écrire et demanda la permission de rester. Je suivis le comte et le chevalier; mais, après le premier acte, je m'esquivai et je rentrai à l'hôtel. Edmée avait fait défendre sa porte, mais je ne pris pas cette défense pour moi; les domestiques trouvaient tout simple que j'agisse en enfant de la maison. J'entrai au salon, tremblant qu'Edmée ne fût dans sa chambre; là, je n'aurais pu la poursuivre. Elle était près de la cheminée et s'amusait à effeuiller les asters bleus et blancs que j'avais cueillis dans une promenade au tombeau de Jean-Jacques Rousseau. Ces fleurs me rappelaient une nuit d'enthousiasme, un clair de lune, les seules heures de bonheur peut-être que je pusse mentionner dans ma vie.

—Déjà rentré? me dit-elle sans se déranger.

—Déjà est un mot bien dur, lui répondis-je; voulez-vous que je me retire dans ma chambre, Edmée?

—Non pas, vous ne me gênez nullement; mais vous auriez plus profité à la représentation de Mérope qu'en écoutant ma conversation de ce soir, car je vous avertis que je suis idiote.

—Tant mieux, cousine, vous ne m'humilierez pas, et, pour la première fois, nous serons sur le pied de l'égalité. Mais voulez-vous me dire pourquoi vous méprisez tant mes asters? Je croyais que vous les garderiez comme une relique.

—À cause de Rousseau, dit-elle en souriant avec malice sans lever les yeux sur moi.

—Oh! c'est bien ainsi que je l'entends, repris-je.

—Je joue un jeu très intéressant, dit-elle; ne me dérangez pas.

—Je le connais, lui dis-je; tous les enfants de la Varenne le jouent, et toutes nos bergères croient à l'arrêt du sort que ce jeu révèle. Voulez-vous que je vous explique vos pensées, lorsque vous arrachiez ces pétales quatre à quatre?

—Voyons, grand nécromant!