—Que dit-on, monsieur? dit le comte d'un air sévère.

—On dit... continua Olivier, dont la vue était un peu troublée, bah! elle l'a dit elle-même en confidence, à Aix, à une de ses amies intimes, qui l'a répété à tous les buveurs d'eau...

—Mais qu'est-ce donc qu'elle a dit? s'écria le comte en coupant avec impatience un fruit et un peu de son doigt.

—Elle a dit qu'à son arrivée en Italie elle était si aigrie contre l'injustice des hommes et si offensée d'avoir été victime de leurs calomnies, qu'elle se sentait disposée à fouler aux pieds les lois du préjugé, et à mener une aussi joyeuse vie que la plupart des grands personnages de ce pays-ci.»

Le comte ôta son bonnet de voyage et le remit gravement sur sa tête sans dire une seule parole. Olivier continua.

«Mais ce fut en vain. La noble lady fit ce voeu sans connaître son propre coeur. N'ayant point encore aimé, et s'en croyant incapable, elle allait y renoncer, lorsqu'un jeune homme tomba éperdument amoureux d'elle et lui écrivit sans façon pour lui demander un rendez-vous.

—Vous a-t-on dit le nom de ce jeune homme? demanda Buondelmonte.

—Ma foi! je ne m'en souviens plus. C'était un Florentin; et vous devez le connaître, car il est encore...»

Le comte l'interrompit afin d'éluder la question: «Et que répondit lady Mowbray?

—Elle accorda le rendez-vous, résolue à punir le jeune homme de sa fatuité et à le couvrir de ridicule. Elle avait préparé, à cet effet, je ne sais quel guet-apens de bonne compagnie, dont je ne sais pas bien les détails.