— Elle vous prie de l'excuser, nous dit madame Costejoux, si elle n'accourt pas tout de suite. Elle était restée en déshabillé toute la journée, ce qui n'est pas son habitude. C'est qu'aujourd'hui elle a eu une assez forte émotion en recevant une nouvelle que je dois me hâter de vous apprendre. Son frère aîné, le marquis de Franqueville, qui servait contre la France, est mort des suites d'un duel. Nous n'avons pas d'autres détails, mais la chose est certaine, et Louise, bien qu'elle connût à peine ce frère si coupable, a été bouleversée, ce qui est bien naturel.
— Eh bien, mais, s'écria M. Costejoux en me regardant, voilà Émilien chef de famille et absolument maître de ses actions! Il peut agir en toute chose comme il lui plaira, sans craindre l'opposition ou les reproches de personne. Il ne_ _lui reste que des parents assez éloignés, qui ne se sont jamais occupés de lui et qui n'ont pas de raison pour s'en occuper jamais.
— Il lui reste Louise, pensai-je en baissant les yeux. Peut-être, à elle seule, lui fera-t-elle plus d'opposition qu'une famille entière!
XXV
Elle arriva enfin, toute vêtue de deuil et belle comme un ange.
Elle commença par tendre la main à M. Costejoux en lui disant:
— Eh bien, vous savez le nouveau malheur qui me frappe?
Il lui baisa la main en lui répondant:
— Nous tâcherons d'autant plus de vous remplacer tous ceux que vous perdez.
Elle le remercia par un sourire triste et charmant et vint à moi, gracieuse, bonne, mais non tendre et spontanée.
— Ma bonne Nanette, dit-elle en me tendant son beau front, embrasse-moi, je t'en prie. Tu me fais grand plaisir de venir me voir, j'ai tant à te remercier de tout ce que tu as fait pour mon frère! Je le sais, tu lui as sauvé la vie cent fois pour une en le cachant et en t'exposant pour lui à toute heure. Ah! nous sommes heureux, nous autres persécutés, qu'il y ait encore quelques âmes dévouées en France! Et Dumont? car Dumont a fait autant que toi, à ce qu'il paraît?