À l'ordinaire, lui dis-je, je pense à cinquante choses dont je ne me souviens pas après; mais, aujourd'hui, je n'ai pensé qu'à m'étonner de vous. Vous faites donc tout ce que vous voulez avec les moines, que vous passez comme ça la journée où vous voulez et comme il vous plaît?
— Je ne sais pas si les moines me tourmenteront pour cela, répondit-il. Je ne le crois pas, je leur apporte une jolie petite somme si je prononce mes voeux, et ils n'ont point envie de me dégoûter de leur compagnie avant de tenir mon argent; j'ai déjà vu cela. Quant à m'instruire, ils ne doivent pas y tenir beaucoup.
— Pourquoi donc?
— Pour une raison bien simple, c'est qu'ils n'en savent guère plus long que moi, et que, s'ils ne faisaient pas durer ce qu'ils ont à m'apprendre, ils seraient trop vite au bout.
— Vous les méprisez donc aussi, vous, vos moines?
— Je ne les méprise pas, je ne méprise personne. Ils me paraissent très doux et je ne leur ferai pas plus de peine qu'ils ne m'en feront.
— Alors, vous viendrez quelquefois me voir aux champs?
— Je ne demande pas mieux, je t'apporterai à manger tant que tu voudras.
Je devins rouge de dépit.
— Je n'ai pas besoin que vous me fassiez manger, lui dis-je: j'ai tout ce qu'il faut chez nous et j'aime mieux nos châtaignes que vos pâtés.