Le choléra est parti, des douleurs sont restées: des veuves, des orphelins, de la misère. La charité administrative et la charité privée ont donné de grands secours. Mais, quand le chef de famille est frappé, la misère se prolonge ou se renouvelle. La mère est épuisée et les enfants dépérissent. En ce moment, ce qui manque le plus, c'est le vêtement, et l'hiver va sévir! Le XVIIIe arrondissement a particulièrement souffert. Huit cent vingt et un décès représentent une masse sérieuse de veuves découragées et d'enfants sans ressources.
M. Arrault, secrétaire du conseil de salubrité, a vu ces douleurs, il les a racontées avec émotion dans le Siècle. Il a fait un appel aux mères heureuses, il a demandé les vieux vêtements des enfants heureux. On s'est empressé de lui envoyer de quoi vêtir une grande partie de ses orphelins. L'Avenir national veut l'aider dans son oeuvre de dévouement et de charité en publiant à son tour ce bon et simple remède à la plupart des maladies de l'enfance indigente, des habits et des chaussures! Non pas seulement des habits d'enfants, mais des vestes, des rebuts de toute sorte sont employés par les veuves qui coupent, ajustent, essayent, utilisent, s'aidant les unes les autres et retrouvant dans le travail le courage et l'espoir. Secours et moralisation: voilà ce que l'on peut donner avec de vieux chiffons.
On peut envoyer à M. Arrault, qui se charge d'acquitter les frais de transport,—rue Lepic, n° 11, à Montmartre,—tous les objets destinés à cette oeuvre de bienfaisance opportune et généreuse.
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LES AMIS DISPARUS
I
NÉRAUD PÈRE
Nous venons de perdre un de ces hommes rares qui ont traversé les vicissitudes de notre vie politique sans y rien laisser flétrir de leur noble caractère. Le vieillard probe et sage que nous avons conduit ces jours-ci à son dernier lit de repos, a parcouru sa longue carrière, sinon avec éclat, du moins avec honneur. C'est une de ces gloires modestes qui restent dans le cercle de la famille, mais qui l'agrandissent au point d'y faire entrer tout ce qu'il y a d'honnête dans une province. C'est un de ces exemples qui demeurent pour l'encouragement ou pour la condamnation des hommes publics appelés à leur succéder.
Magistrat de sûreté durant la Révolution, à l'époque d'une réaction antiroyaliste, il n'usa de sa dictature qu'avec indulgence et générosité. Plus tolérant que la lettre des lois, il ne voulut entendre ni punir bien des plaintes vives et bien des regrets imprudemment exprimés.
Sous l'Empire, fidèle à un profond sentiment de son indépendance et de sa dignité, nous l'avons vu blâmer avec force et franchise, en présence de ses supérieurs, l'insupportable tyrannie qui trouvait alors tant d'agents fanatiques ou cupides. Sous la Restauration, poursuivant de ses railleries spirituelles les prétentions d'une génération surannée, nous l'avons encore vu lutter tranquillement contre les tendances du pouvoir.