Les collines qui l'enserrent ont des formes suaves; ses masses de verdure sont bien disposées, ses rochers ont, de loin, ce beau ton lilas qui est particulier aux micaschistes des bords de la Creuse, couleur tendre qui se forme, je ne sais comment, de plusieurs tons sombres.

Mystères de la couleur, les vrais peintres vous saisissent et vous constatent, mais ils ne vous expliquent pas. Quel artiste a jamais connu le secret de son art? C'est par le sentiment que la révélation lui arrive, mais le sentiment ne s'explique pas par des raisonnements.

Je redescends au village par un autre chemin. Je vais revoir la maison renaissance, j'en suis épris; deux vieilles soeurs l'habitent, deux paysannes très pauvres.

Elles ne sont nullement étonnées de mon attention; elles m'invitent à entrer, elles savent que leur maison est intéressante; elles ne sourient pas dédaigneusement, comme on fait chez nous, quand l'artiste s'arrête pour regarder avec amour un vieux mur. Elles voient souvent des peintres, elles savent que ce qui est ancien est beau. C'est ainsi qu'elles s'expriment.

Elles savent aussi que nous sommes tentés de l'acquisition d'une chaumière; mais elles ne se soucient pas de vendre, et, moi, je ne me sens pas assez capitaliste pour faire réparer cette ruine.

Je fais le tour du village, et j'interroge chacun. Tout le monde est enchanté de mon idée. On m'accueille comme si j'avais déjà droit de bourgeoisie; on m'invite à rester, on m'offre bonne amitié et on me promet bon voisinage; mais, quand il s'agit de quitter son toit pour me le céder, on secoue la tête:

—Vendre sa maison! est-ce qu'on vend sa maison!

Je ne peux me défendre d'être touché de ce sentiment qui se manifeste avec une austérité antique. J'offrirais en vain de quoi faire bâtir une belle et bonne maison à la place de la masure qui s'écroule; ce ne serait pas celle où l'on a vécu et où l'on veut mourir. Fussé-je assez riche pour m'obstiner dans ma fantaisie, car je sais bien qu'à prix d'argent on arrive à triompher de tout, je ne me sentirais pas le courage d'insister pour vaincre cette sainte répugnance.

Je constate encore une particularité. Tout le monde, ici, est monsieur ou madame. Chez nous, ces dénominations aristocratiques sont tout à fait inconnues, et si on appelle le paysan monsieur, il croit qu'on le raille et il vous reprend. Ici, on vous reprend quand vous dites le nom des gens tout court; et, quand je demande Moreau par le village, on me répond:

—Quel Moreau? M. Moreau du Pin?