«Je répondis: ainsi soit-il!
«Jésus reprit:
«Le christianisme a eu trois époques, et les trois époques sont accomplies.
«Et il disparut. Et je vis passer successivement devant moi (vision adorable) saint Pierre, saint Jean et saint Paul.
«Derrière saint Pierre était le grand pape Grégoire VII.
«Derrière saint Jean, Joachim de Flore, le saint Jean du treizième siècle.
«Derrière saint Paul était Luther.
«Je m'évanouis.»
Plus loin, après un intervalle, était écrit de la même main:
«Le christianisme devait avoir trois époques, et les trois époques sont accomplies. Comme la Trinité divine a trois faces, la conception que l'esprit humain a eue de la Trinité dans le christianisme devait avoir trois faces successives. La première, qui répond à saint Pierre, embrasse la période de la création et du développement hiérarchique et militant de l'Église jusqu'à Hildebrand, le saint Pierre du onzième siècle; la seconde, qui répond à saint Jean, embrasse la période depuis Abeilard jusqu'à Luther; la troisième, qui répond à saint Paul, commence à Luther et finit à Bossuet. C'est le règne du libre examen, de la connaissance, comme la période antérieure est celle de l'amour et du sentiment, comme celle qui avait précédé est la période de la sensation et de l'activité. Là finit le christianisme, et là commence l'ère d'une nouvelle religion. Ne cherchons donc plus la vérité absolue dans l'application littérale des Évangiles, mais dans le développement des révélations de toute l'humanité antérieure à nous. Le dogme de la Trinité est la religion éternelle; la véritable compréhension de ce dogme est éternellement progressive. Nous repasserons éternellement peut-être par ces trois phases de manifestations de l'activité, de l'amour et de la science, qui sont les trois principes de notre essence même, puisque ce sont les trois principes divins que reçoit chaque homme venant dans le monde, à titre de fils de Dieu. Et plus nous arriverons à nous manifester simultanément sous ces trois faces de notre humanité, plus nous approcherons de la perfection divine. Hommes de l'avenir, c'est à vous qu'il est réservé de réaliser cette prophétie, si Dieu est en vous. Ce sera l'œuvre d'une nouvelle révélation, d'une nouvelle religion, d'une nouvelle société, d'une nouvelle humanité. Cette religion n'abjurera pas l'esprit du Christianisme, mais elle en dépouillera les formes. Elle sera au Christianisme ce que la fille est à la mère, lorsque l'une penche vers la tombe et que l'autre est en plein dans la vie. Cette religion, fille de l'Évangile, ne reniera point sa mère, mais elle continuera son œuvre; et ce que sa mère n'aura pas compris, elle l'expliquera; ce que sa mère n'aura pas osé, elle l'osera; ce que sa mère n'aura fait qu'entreprendre, elle l'achèvera. Ceci est la véritable prophétie qui est apparue sous un voile de deuil au grand Bossuet, à son heure dernière. Trinité divine, reçois et reprends l'être de celui que tu as éclair de ta lumière, embrasé de ton amour, et créé de la substance même, ton serviteur Spiridion.»