Après ce discours, débité avec une volubilité effrayante, elle remit sur sa tête un paquet de bruyère coupée et suivit son père, qui était déjà loin.
A peine eus-je repris le chemin de Tamaris, que je vis M. Aubanel venir à ma rencontre.
—Retournons, me dit-il; vous voilà, sans le savoir, tout près de votre propriété; je vais vous y conduire.
—Oh! grand merci! m'écriai-je, j'en viens, et j'en ai assez!
Et je lui racontai mon aventure, sans lui parler de ce que je croyais devoir lui taire; mais il me prévint.
—Ne vous inquiétez pas tant de sa position, me dit-il; mademoiselle Roque a une liaison. J'en suis sûr à présent, la fille de son fermier a causé avec la femme du mien. On ne sait pas encore le nom du personnage. Il vient, le soir, bien emmitouflé; mais, quoiqu'il ne soit pas très-assidu, il paraît qu'il a l'intention d'acheter votre part pour la lui donner. Attendez les événements, et ne vous montrez pas trop coulant avant de savoir à qui nous avons affaire. Or donc, venez vous reposer chez moi et vous rafraîchir.
Au bas de la colline de Tamaris, nous vîmes accourir Paul, l'enfant de la charmante locataire de M. Aubanel. Il se jeta dans mes bras, et je le portai jusqu'en haut en excitant son babil. Il était beau comme sa mère, aimable et sympathique comme elle. Aubanel me fit l'éloge de madame Martin, dont il était déjà l'ami, disait-il. Aimable et sympathique lui-même, il pouvait être cru sur parole; mais je remarquai qu'en prononçant son nom, il eut un certain sourire de réticence: elle ne s'appelait pas réellement madame Martin, cela devenait évident pour moi.
Comme je souriais aussi, il ajouta:
—Vous croyez donc qu'elle ne s'appelle pas Martin?
—Vous ne le croyez pas plus que moi.