—Non, le diable m'a servi de guide.
—Le diable!... il n'en faut point plaisanter!
—Non, il faut l'appeler respectueusement, faire du feu sur les montagnes, cueillir des herbes poussées dans certains endroits, car celles qui viennent en plaine, quoique toutes pareilles, n'ont pas la même vertu: il faut en brûler, ramasser les cendres, dire des paroles, faire trois paquets....
—Vous m'avez vu, et vous vous figurez un tas de choses!... Vous n'êtes pas aussi savant que vous voulez bien le dire.
—Je suis plus savant que toi, lui répondis-je avec aplomb, et je lui débitai en latin quelques préceptes de la cabale des bergers, que j'avais apprise autrefois dans mes montagnes. Il me regardait avec stupeur et méfiance; il ne comprenait rien à ma traduction latine; mais certaines formules prétendues arabes ou juives, et qui, sans être réellement d'aucune langue, sont communes à presque tous les sorciers de campagne, le frappaient de respect.
—Où allez-vous? demanda-t-il.
—C'est à toi de me répondre, lui dis-je d'un ton emphatique; où vas-tu?
—A un endroit que tu ne connais pas, répondit-il avec un accent craintif malgré le tutoiement qu'il se croyait forcé d'adopter.
—Je connais tous les endroits, repris-je, curieux de pénétrer le mystère de ses pratiques.
—Comment s'appelle, dit-il, la maison qui est de travers, entre la Seyne et Tamaris?