—Oui, c'est juste, reprit la Florade. Eh bien, puisque tu n'aimes pas, tu n'es pas aimé?
—Cela va sans dire, observa Pasquali.
—Alors? dis-je à mon tour.
—Alors, s'écria la Florade, tu ne dis pas de mal de moi à la marquise?
—Je ne dis pas de mal de vous à la marquise en ce sens que, si j'ai eu occasion de parler de vos défauts, j'ai parlé beaucoup plus de vos qualités.
—Mais tu me hais ou tu me méprises! s'écria-t-il en me menaçant de son regard de feu; tu ne veux pas me tutoyer?
—Je t'aime et ne te méprise pas; je te plains souvent, je te blâme quelquefois. Qu'est-ce qu'il y a encore?
Il se jeta dans mes bras, et, pleurant comme un enfant:
—Ne me juge pas trop sévèrement, s'écria-t-il; ne dis pas au baron, qui lui redit tout, que je suis un Lovelace de bord, un don Juan de guinguette, un libertin, un sot, un étourdi, un homme sans cœur, sans conduite et sans cervelle. Je ne suis rien de tout cela, vois-tu! Je suis un bon garçon, un enfant, si tu veux. J'aime cette femme à en mourir, et elle ne m'aime pas, et je ne peux rien lui dire pour me faire aimer. Elle me fait peur, elle est plus qu'une femme pour moi; c'est une divinité ou un démon. Elle me glace et me pétrifie. Dès qu'elle a le dos tourné, je brûle, j'enrage, j'ai des torrents d'éloquence à mon service; mais, si personne ne m'aide, si je n'ai pas d'amis, de bons et vrais amis pour lui expliquer mon mutisme d'imbécile, pour lui dire que je ne vis plus, que je ne travaille plus, que je n'ai plus ma raison, que je suis capable de manquer à tous mes devoirs, de me faire casser la tête pour un mot, enfin que je suis digne de pitié et hors de moi, jamais elle ne saura que je l'aime!
—Alors voici la question, répondis-je, ému de son désespoir, mais non convaincu par son raisonnement: il faut que le baron, Pasquali ou moi, nous nous chargions de faire ta déclaration? Est-ce sérieusement que tu nous demandes de jouer un pareil rôle?