Pasquali s'élança sur la Florade, qui me suivait, et, avec une vigueur magistrale, il le cloua sur sa chaise en lui disant:

—Et moi, je ne veux pas que tu bouges, je veux que tu expliques ta menace ou que tu la retires, ou bien je te donne ma parole que je monte à l'instant chez la marquise pour lui dire de ne jamais te recevoir.

Et, comme la Florade se débattait un peu, il lui fit, comme en dépit de lui-même, une révélation qui changea pour un instant le cours de ses idées.

—Écoute-moi bien, dit-il: je comptais te doter d'une somme assez ronde et qui sauvait ta dignité, car se présenter avec une boussole, une lorgnette et un étui à cigares pour épouser une grande dame, c'est humiliant. Il faut pouvoir lui dire: «J'ai de quoi vivre et j'entends être séparé de biens au contrat....» Mais le diable m'emporte, si tu te conduis comme un fou, si tu offenses les gens de cœur et si tu romps avec tes meilleurs amis, je ne te flanque pas un sou et je te renie par-dessus le marché!

La Florade était très-monté. La délicate bonté de son parrain fit couler ses larmes; il vint se jeter dans mes bras en me demandant pardon de son injustice, et, après m'avoir supplié de ne pas douter de lui, il alla trouver le baron.

Je restai avec Pasquali à commenter tout ce que nous venions d'entendre. Pasquali était un homme très-ferme; quand il avait, comme il disait, viré de bord, il ne voulait plus regarder que devant lui. Peut-être, lorsqu'il n'était plus sous l'action magnétique de son fils adoptif, avait-il quelque doute, mais il ne se permettait plus de s'y arrêter. Ma loyauté me défendait, d'ailleurs, de chercher à l'ébranler. J'avais dit au baron tout ce que ma conscience m'ordonnait de lui dire. Mon rôle était d'attendre désormais les événements en silence. Je ne voulus pourtant pas cacher le fait à Pasquali, je désirais qu'il fût connu de la Florade. Je le lui aurais dit avec calme à lui-même, s'il m'eût laissé le temps de m'expliquer au lieu de me pousser à bout.

—Ainsi, dit Pasquali, il va trouver sous quelques rapports le baron prévenu contre lui? Allons, à la garde de Dieu! Vous avez fait votre devoir; écoutez votre cœur maintenant. Il est vraiment fou de chagrin, cet enfant, et il est si bon!... Mais j'oublie que tu es mon enfant aussi, et que je veux te tutoyer. Au revoir, j'entends le premier coup de ton dîner qui sonne à la maison Caire. Renvoie-moi mon possédé; je veux savoir comment le baron l'aura reçu.

Le baron n'avait pas aperçu la Florade.

—Est-ce qu'il va venir tous les jours? me dit-il avec un peu de sécheresse.

Je lui répondis que la Florade, étant chez Pasquali, avait annoncé vouloir lui demander un conseil ou un service. Je ne crus pas devoir m'expliquer davantage. M. de la Rive s'étonna un peu de mon silence, et puis tout à coup, pendant le dîner, et comme si sa pénétration l'eût fait lire dans ma conscience, il répondit de lui-même à mes pensées: