—Oh! c'est impossible, il m'aime.
—Depuis longtemps? reprit Sabina.
—Depuis huit jours.
—Oime! dit Léonce, et tu es déjà sûre de lui à ce point?
—Sans doute, puisqu'il m'a dit qu'il m'aimait.
—Et crois-tu ainsi tous ceux qui te parlent d'amour?
—Il n'y a que lui qui m'en ait encore parlé, et c'est le seul que je croirai dans ma vie, puisque c'est celui que j'aime.
—Ah! curé, dit Sabina en jetant un regard sur le bourru endormi, voilà ce que vous ne pourrez jamais comprendre! c'est la foi, c'est l'amour.
—Non, Madame, reprit l'oiselière, il ne peut pas comprendre, lui. Il dit d'abord que personne ne connaît mon amoureux, et que ce doit être un mauvais sujet. C'est tout simple: il est étranger, il vient de passer par chez nous; il n'a ni parents ni amis pour répondre de lui; il s'est arrêté au pays parce qu'il m'a vue et que je lui ai plu. Alors il n'y a que moi qui le connaisse et qui puisse dire: C'est un honnête homme. M. le curé veut qu'il s'en aille, et il menace de le faire chasser par les gendarmes. Moi, je le cache; c'est encore tout simple.
—Et où le caches-tu!