—Vous parlez avec beaucoup de douceur et de bonté, mon cher Monsieur; on voit bien que vous croyez en Dieu et que vous connaissez sa miséricorde mieux que M. le curé. Mais vous voulez aussi me consoler en me montrant les choses comme cela, et moi je suis si triste que je ne peux pas encore les voir de même. Je pense toujours à ce que je souffrirais si mon bon ami ne m'aimait plus, et si je ne craignais d'être impie, je me figurerais que j'en dois mourir.
—Songe que si tu en mourais et qu'il le sût, il serait éternellement malheureux.
—Et peut-être que le bon Dieu le punirait d'avoir causé ma mort? Oh! non, je ne veux pas mourir en ce cas!
—Tu es bonne et généreuse, Madeleine; eh bien, je te prédis que tu ne seras pas malheureuse sans ressources, et que Dieu n'abandonnera pas un coeur comme le tien.
—Ce que vous dites là me fait du bien, Monsieur, et je voudrais que vous fussiez mon confesseur à la place de M. le curé. Je sens que vous trouveriez pour moi des consolations, et je croirais en vous comme en Dieu.
—Eh bien, Madeleine, prends-moi du moins pour ton conseil et ton ami. S'il t'arrive malheur, confie-toi à moi; je pourrai quelque chose pour toi, peut-être, ne fût-ce que de te parler religion et de te donner du courage.
—Hélas! vous avez bien raison; mais vous êtes de ces gens qui passent dans notre pays et qui n'y restent pas. Dans trois jours peut-être vous serez à plus de mille lieues d'ici.
—Prends ce petit portefeuille, et ne le perds pas. Sais-tu lire?
—Oui, Monsieur, et un peu écrire aussi, grâce à mon frère qui m'a enseigné ce qu'il savait.
—Eh bien! tu trouveras là une adresse et des papiers qui te serviront à me faire revenir, ou à te conduire vers moi, en quelque lieu que je me trouve.