—Il fait un temps superbe, dit le marquis en s'approchant de la fenêtre d'un air dégagé. La lune éclaire comme l'aurore. Si nous allions voir la ville? Demain tout sera moins beau et aura perdu son prestige.

—Allons, dit Sabina en se levant.

—Moi, je vous demanderai la permission d'aller voir mon lit, dit le curé; je suis rompu de fatigue.

—Quoi! pour avoir fait sept ou huit lieues dans une bonne voiture bien suspendue? reprit Sabina.

—Non, mais pour avoir eu chaud, et puis faim, et puis froid, et puis faim encore, enfin pour n'avoir pas mangé à mes heures. D'ailleurs, il en est neuf, et je ne vois rien que de naturel dans mon envie de dormir; pourvu que ma pauvre gouvernante ne passe pas la nuit à veiller pour m'attendre!

Felicissima notte, l'abbé, dit Teverino. Vous venez, Léonce?

—Pas encore, répondit-il, je veux faire un autre croquis de cette dormeuse.

—Il faut que la dormeuse aille dormir ailleurs, dit le curé d'un ton sévère. Ne va-t-elle pas traîner toute la nuit comme un objet perdu sur ce canapé? Allons, Sans-Souci, réveillez-vous! Et il éventa de son grand chapeau la figure de Madeleine, qui fit le mouvement de chasser un oiseau importun, et se rendormit de plus belle.

—Laissez-la donc, curé, vous êtes impitoyable! dit Léonce, en faisant mine de s'asseoir auprès de l'oiselière.

—Cette fille, observa Sabina, ne peut pas rester ainsi endormie sous l'oeil de tout le monde.