—Il fallait arracher la plante maudite, car elle était, vivace et rampante. Il a fallu détruire jusque dans leurs fondements ces cloîtres où sa racine était cachée.

—Eh bien, mon père, ces herbes épineuses qui croissent à la place, en quoi sont-elles belles et à quoi sont-elles bonnes?»

Le moine rêva un instant et répondit:

«Comme vous me dites que vous êtes peintre, sans doute vous ferez un dessin d'après ces ruines?

—Certainement. Où voulez-vous en venir?

—Éviterez-vous de dessiner ces grandes ronces qui retombent en festons sur les décombres, et qui se balancent au vent, ou bien en ferez-vous un accessoire heureux de votre composition, comme je l'ai vu dans un tableau de Salvator Rosa?

—Elles sont les inséparables compagnes des ruines, et aucun peintre ne manque d'en tirer parti.

—Elles ont donc leur beauté, leur signification, et par conséquent leur utilité.

—Votre parabole n'en est pas plus juste, mon père; asseyez des mendiants et des bohémiens sur ces ruines, elles n'en seront que plus sinistres et plus désolées. L'aspect du tableau y gagnera; mais l'humanité, qu'y gagne-t-elle?

—Un beau tableau peut-être, et à coup sûr une grande leçon. Mais vous autres artistes; qui donnez cette leçon-là, vous ne comprenez pas ce que vous faites, et vous ne voyez ici que des pierres qui tombent et de l'herbe qui pousse.