—Vous ayez raison de m'humilier ainsi, lui dit-elle; je l'ai bien mérité, et quinze ans de vertu vous donnent le droit de réprimander ma jeunesse imprudente et vaine. Grondez-moi, méprisez-moi; mais ayez compassion de mon repentir et de mes terreurs. Protégez-moi, Louise, sauvez-moi; vous le pouvez, car vous savez tout!

—Laisse! s'écria Louise, bouleversée par cette conduite et ramenée tout à coup aux nobles sentiments qui faisaient le fond de son caractère, relève-toi, Valentine, ma sœur, mon enfant, ne reste pas ainsi à mes genoux. C'est moi qui devrais être aux tiens; c'est moi qui suis méprisable et qui devrais te demander, ange du ciel, de me réconcilier avec Dieu! Hélas! Valentine, je ne sais que trop tes chagrins; mais pourquoi me les confier, à moi, misérable, qui ne puis t'offrir aucune protection et qui n'ai pas le droit de te conseiller?

—Tu peux me conseiller et me protéger, Louise, répondit Valentine en l'embrassant avec effusion. N'as-tu pas pour toi, l'expérience qui donne la raison et la force? Il faut que cet homme s'éloigne d'ici ou il faut que je parte moi-même. Nous ne devons pas nous voir davantage; car chaque jour le mal augmente, et le retour à Dieu devient plus difficile. Oh! tout à l'heure je me vantais! je sens que mon cœur est bien coupable.

Les larmes amères que répandait Valentine brisèrent le cœur de Louise.

—Hélas! dit-elle, pâle et consternée, le mal est donc aussi grand que je craignais! Vous aussi, vous voilà malheureuse à jamais!

—À jamais! dit Valentine épouvantée; avec la volonté de guérir et l'aide du ciel...

—On ne guérit pas! reprit Louise d'un ton sinistré, en mettant ses deux mains sur son cœur sombre et désolé.

Puis elle se leva, et, marchant avec agitation, elle s'arrêtait de temps en temps devant Valentine pour lui parler d'une voix entrecoupée.

—Pourquoi me demander des conseils, à moi? Qui suis-je pour consoler et pour guérir? Eh quoi! vous me demandez l'héroïsme qui terrasse les passions, et les vertus qui préservent la société, à moi! à moi malheureuse, que les passions ont flétrie, que la société a maudite et repoussée! Et où prendrais-je, pour vous le donner, ce qui n'est pas en moi? Adressez-vous aux femmes que le monde estime; adressez-vous à votre mère! Celle-là est irréprochable; nul n'a su positivement que mon amant ait été le sien. Elle avait tant de prudence! Et quand mon père, quand son époux a tué cet homme qui lui avait été parjure, elle a battu des mains; et le monde l'a vue triompher, tant elle avait de force d'âme et de fierté! Voilà les femmes qui savent vaincre une passion ou en guérir!...

Valentine, épouvantée de ce qu'elle entendait, voulait interrompre sa sœur; mais celle-ci, en proie à une sorte de délire, continua: