Un pas rapide, qui traversait la pelouse et s'approchait du pavillon, retentit au milieu du silence. Je ne sais quel pressentiment vint effrayer Bénédict; il serra convulsivement la main de Valentine et la pressa contre son cœur, qui battait aussi haut dans sa poitrine que le bruit inquiétant de ces pas inattendus. Valentine sentit le sien se glacer d'une peur vague, mais terrible; elle retira brusquement ses mains et se dirigea vers la porte. Mais elle s'ouvrit avant qu'elle l'eût atteinte, et Catherine essoufflée parut.

—Madame, dit-elle d'un air empressé et consterné, M. de Lansac est au château!

Ce mot fit sur tous ceux qui l'entendirent le même effet qu'une pierre lancée au sein des ondes pures et immobiles d'un lac; les cieux, les arbres, les délicieux paysages qui s'y reflétaient se brisent, se tordent et s'effacent; un caillou a suffi pour faire rentrer dans le chaos toute une scène enchantée: ainsi fut rompue l'harmonie délicieuse qui régnait en ce lieu une minute auparavant. Ainsi fut bouleversé le beau rêve de bonheur dont se berçait cette famille. Dispersée tout à coup comme les feuilles que le vent balaie en tourbillon, elle se sépara pleine d'anxiétés et d'alarmes. Valentine pressa Louise et son fils dans ses bras.

—À jamais à vous! leur dit-elle en les quittant; nous nous reverrons bientôt, j'espère; peut-être demain.

Valentin secoua tristement la tête; un mouvement de fierté et de haine indéfinissable venait d'éclore en lui au nom de M. de Lansac. Il avait souvent songé que ce noble comte pourrait bien le chasser de sa maison; cette idée avait parfois empoisonné le bonheur qu'il y goûtait.

—Cet homme fera bien de vous rendre heureuse, dit-il à sa tante d'un air martial qui la fit sourire d'attendrissement; sinon il aura affaire à moi!

—Que pourrais-tu craindre avec un tel chevalier? dit Athénaïs à madame de Lansac en s'efforçant de paraître gaie, et en donnant une petite tape de sa main ronde et polie sur la joue enflammée du jeune homme.

—Venez-vous, Bénédict? cria Louise en se dirigeant vers la porte du parc qui s'ouvrait sur la campagne.

—Tout à l'heure, répondit-il.

Il suivit Valentine vers l'autre sortie, et tandis que Catherine éteignait à la hâte les bougies et fermait le pavillon: