—Mais je vous assure que vous vous trompez, dit Valentine en essayant de l'emmener vers le perron. C'est par hasard que, ne pouvant dormir cette nuit, j'ai voulu respirer l'air frais du parc. Je me sens tout à fait calmée, je vais rentrer.

—Mais ce livre que vous vouliez emporter, vous ne l'avez pas?

—Ah! c'est vrai, dit Valentine troublée.

Et elle feignit de chercher un livre sur le piano. Par un malheureux hasard, il ne s'en trouvait pas un seul dans l'appartement.

—Comment espérez-vous le trouver dans cette obscurité? dit M. de Lansac. Laissez-moi allumer une bougie.

—Oh! ce serait impossible! dit Valentine épouvantée. Non, non, n'allumez pas, je n'ai pas besoin de ce livre, je n'ai plus envie de lire.

—Mais pourquoi y renoncer, quand il est si facile de se procurer de la lumière? J'ai remarqué hier sur cette cheminée un flacon phosphorique très-élégant. Je gagerais mettre la main dessus.

En même temps il prit le flacon, y plaça une allumette qui pétilla en jetant une vive lumière dans l'appartement, puis, passant à un ton bleu et faible, sembla mourir en s'enflammant; ce rapide éclair avait suffi à M. de Lansac pour saisir le regard d'épouvante que sa femme avait jeté sur la glace. Quand la bougie fut allumée, il affecta plus de calme et de simplicité encore: il savait où était Bénédict.

—Puisque nous voici ensemble, ma chère, dit-il en s'asseyant sur le sofa, au mortel déplaisir de Valentine, je suis résolu de vous entretenir d'une affaire assez importante dont je suis tourmenté. Ici nous sommes bien sûrs de n'être ni écoutés ni interrompus: voulez-vous avoir la bonté de m'accorder quelques minutes d'attention?

Valentine, plus pâle qu'un spectre, se laissa tomber sur une chaise.