Bénédict, touché de cet élan d'amitié généreuse, lui baisa la main avec reconnaissance. Valentin, qui revenait en ce moment avec l'ombrelle, vit ce mouvement, et devint tour à tour si rouge et si pâle qu'Athénaïs s'en aperçut et perdit elle-même contenance; mais, tâchant de se donner un air solennel et important:
—Il faudra nous revoir, dit-elle à Bénédict, pour nous entendre sur cette grande affaire. Comme je suis étourdie et maladroite, j'aurai besoin de votre direction. Je viendrai donc demain me promener par ici, et vous dire ce que j'aurai obtenu. Nous aviserons au moyen d'obtenir davantage. À demain!
Et elle s'éloigna légèrement avec un signe de tête amical à son cousin; mais ce n'est pas lui qu'elle regarda en prononçant son dernier mot.
Le lendemain, en effet, ils eurent une nouvelle conférence. Tandis que Valentin errait en avant sur le sentier du bois, Athénaïs raconta à son cousin le peu de succès de ses tentatives. Elle avait trouvé Valentine impénétrable. Cependant elle ne se décourageait pas, et durant toute une semaine elle travailla de tout son pouvoir à rapprocher les deux amants.
La négociation ne marcha pas très-vite. Peut-être la jeune plénipotentiaire n'était-elle pas fâchée de multiplier les conférences dans la prairie. Dans les intervalles de ces causeries avec Bénédict, Valentin se rapprochait, et se consolait d'être exclu du secret en obtenant un sourire et un regard qui valaient plus que mille paroles. Et puis, quand les deux cousins s'étaient tout dit, Valentin courait après les papillons avec Athénaïs, et, tout en folâtrant, il réussissait à toucher sa main, à effleurer ses cheveux, à lui ravir quelque ruban ou quelque fleur. À dix-sept ans, on en est encore à la poésie de Dorat.
Bénédict, lors même que sa cousine ne lui apportait aucune bonne nouvelle, était heureux d'entendre parler de Valentine. Il l'interrogeait sur les moindres actes de sa vie, il se faisait redire mot pour mot ses entretiens avec Athénaïs. Enfin, il s'abandonnait à la douceur d'être encouragé et consolé, sans se douter des funestes conséquences que devaient avoir ses relations si pures avec sa cousine.
Pendant ce temps, Pierre Blutty était allé en Marche pour donner un coup d'œil à ses affaires particulières. À la fin de la semaine, il revint par un village où se tenait une foire, et où il s'arrêta pour vingt-quatre heures. Il y rencontra son ami Simonneau.
Un malheureux hasard avait voulu que Simonneau se fût énamouré depuis peu d'une grosse gardeuse d'oies, dont la chaumière était située dans un chemin creux à trois pas de la prairie. Il s'y rendait chaque jour, et de la lucarne d'un grenier à foin qui servait de temple à ses amours rustiques, il voyait passer et repasser dans le sentier Athénaïs, appuyée sur le bras de Bénédict. Il ne manqua pas d'incriminer ces rendez-vous. Il se rappelait l'ancien amour de mademoiselle Lhéry pour son cousin; il savait la jalousie de Pierre Blutty, et il n'imaginait pas qu'une femme pût venir trouver un homme, causer confidentiellement avec lui, sans y porter des sentiments et des intentions contraires à la fidélité conjugale.
Dans son gros bon sens, il se promit d'avertir Pierre Blutty, et il n'y manqua pas. Le fermier entra dans une fureur épouvantable, et voulut partir sur-le-champ pour assommer son rival et sa femme. Simonneau le calma un peu en lui faisant observer que le mal n'était peut-être pas aussi grand qu'il pouvait le devenir.
—Foi de Simonneau, lui dit-il, j'ai presque toujours vu le garçon à mademoiselle Louise avec eux, mais à environ trente pas; il pouvait les voir, aussi je pense bien qu'ils ne pouvaient pas faire grand mal; mais ils pouvaient en dire; car, lorsqu'il s'approchait d'eux, ils avaient soin de le renvoyer. Ta femme lui tapait doucement sur la joue, et le faisait courir bien loin, afin de causer à son aise apparemment.