—Non, mon enfant, non, dit Bénédict en s'arrêtant sous un vieux saule qui formait l'angle du chemin. Rentre; je serai bientôt près de toi, et je reprendrai ma mercuriale. Eh bien! qu'as-tu?

—Tu devrais prendre mon fusil.

—Quelle folie!

—Tiens, écoute! dit Valentin.

Un cri rauque et funèbre partit au-dessus de leurs têtes.

—C'est un engoulevent, répondit Bénédict. Il est caché dans le tronc pourri de cet arbre. Veux-tu l'abattre? Je vais le faire partir.

Il donna un coup de pied contre l'arbre. L'oiseau partit d'un vol oblique et silencieux. Valentin l'ajusta, mais il faisait trop sombre pour qu'il pût l'atteindre. L'engoulevent s'éloigna en répétant son cri sinistre.

—Oiseau de malheur! dit le jeune homme, je t'ai manqué! n'est-ce pas celui-là que les paysans appellent l'oiseau de la mort?

—Oui, dit Bénédict avec indifférence; ils prétendent qu'il chante sur la tête d'un homme une heure avant sa fin. Gare à nous! nous étions sous cet arbre quand il a chanté.

Valentin haussa les épaules, comme s'il eût été honteux de ses puérilités. Cependant il pressa la main de son ami avec plus de vivacité que de coutume.