—Moi, je ne les ai pas; j'étouffe. Et cette poussière, ces grès qui vous percent la plante des pieds! Tout cela est gracieux!

—Mais, ma belle, est-ce ma faute, à moi, s'il fait chaud, si le chemin est mauvais, si vous avez de l'humeur?

—De l'humeur! vous n'en avez jamais, vous, je le conçois, ne vous occupant de rien, laissant agir votre famille comme il plaît à Dieu. Aussi, les fleurs dont vous avez semé votre vie ont porté leurs fruits, et des fruits précoces, on peut le dire.

—Madame, dit la marquise avec amertume, vous êtes féroce dans la colère, je le sais.

—Sans doute, Madame, reprit la comtesse, vous appelez férocité le juste orgueil d'une mère offensée?

—Et qui donc vous a offensée, bon Dieu?

—Ah! vous me le demandez. Vous ne me trouvez pas assez insultée dans la personne de ma fille, quand toute la canaille de la province a battu des mains en la voyant embrassée par un paysan, sous mes yeux, contre mon gré! quand ils diront demain: «Nous avons fait un affront sanglant à la comtesse de Raimbault!»

—Quelle exagération! quel puritanisme! Votre fille est déshonorée pour avoir été embrassée devant trois mille personnes! Le beau crime! De mon temps, Madame, et du vôtre aussi, je gage, on ne faisait pas ainsi, j'en conviens; mais on ne faisait pas mieux. D'ailleurs, ce garçon n'est pas un rustre.

—C'est bien pis, Madame; c'est un rustre enrichi, c'est un mariant éclairé.

—Parlez donc moins haut; si l'on vous entendait!...