Valentine ne daigna pas lui répondre. Elle lui jeta un froid salut, et, tout épouvantée de la situation où elle se trouvait, elle fouetta son cheval et partit.

Bénédict consterné la regardait fuir. Tout d'un coup il se frappa la tête avec dépit.

—Je ne suis qu'un animal stupide, s'écria-t-il; elle ne me comprend pas!

Et, faisant sauter le fossé à son cheval, il coupe à angle droit l'enclos que Valentine côtoyait: en trois minutes il se trouve vis-à-vis d'elle et lui barre le chemin. Valentine eut tellement peur qu'elle faillit tomber à la renverse.

VII.

Bénédict se jette à bas de son cheval.

—Mademoiselle, s'écrie-t-il, je tombe à vos genoux. N'ayez pas peur de moi. Vous voyez bien qu'à pied je ne puis vous poursuivre. Daignez m'écouter un moment. Je ne suis qu'un sot; je vous ai fait une mortelle injure en m'imaginant que vous ne vouliez pas me comprendre; et comme en voulant vous préparer je ne ferais qu'accumuler sottise sur sottise, je vais droit au but. N'avez-vous pas entendu parler dernièrement d'une personne qui vous est chère?

—Ah! parlez, s'écria Valentine avec un cri parti du cœur.

—Je le savais bien, dit Bénédict avec joie; vous l'aimez, vous la plaignez; on ne nous a pas trompés; vous désirez la revoir, vous seriez prête à lui tendre les bras. N'est-ce pas, Mademoiselle, que tout ce qu'on dit de vous est vrai?

Il ne vint pas à la pensée de Valentine de se méfier de la sincérité de Bénédict. Il venait de toucher la corde la plus sensible de son âme; la prudence ne lui eût plus paru que de la lâcheté; c'est le propre des générosités enthousiastes.