—En vérité? dit la marquise. Mais comment sais-tu cela, ma fille?
—C'est Athénaïs qui me l'a dit, répondit Valentine en baissant les yeux.
—Eh bien! s'il en est ainsi, mon garçon, fais-moi ce plaisir-là, dit la marquise. Régale-moi d'un petit air villageois; cela me reposera du Rossini, auquel je n'entends rien.
—Je vous accompagnerai si vous voulez, dit Valentine au jeune homme avec timidité.
Bénédict était bien un peu troublé de l'idée que sa voix allait peut-être appeler au salon la fière comtesse. Mais il était plus touché encore des efforts de Valentine pour le retenir et le faire asseoir; car la marquise, malgré toute sa popularité, n'avait pu se décider à offrir un siège au neveu de son fermier.
Le piano fut ouvert. Valentine s'y plaça après avoir tiré un pliant auprès du sien. Bénédict, pour lui prouver qu'il ne s'apercevait pas de l'affront qu'il avait reçu, préféra chanter debout.
Dès les premières notes, Valentine rougit et pâlit, des larmes vinrent au bord de sa paupière; peu à peu elle se calma, ses doigts suivirent le chant, et son oreille le recueillit avec intérêt.
La marquise écouta d'abord avec plaisir. Puis, comme elle avait sans cesse l'esprit oisif et ne pouvait rester en place, elle sortit, rentra, et ressortit encore.
—Cet air, dit Valentine dans un instant où elle fut seule avec Bénédict, est celui que ma sœur me chantait de prédilection lorsque j'étais enfant, et que je la faisais asseoir sur le haut de la colline pour l'entendre répéter à l'écho. Je ne l'ai jamais oublié, et tout à l'heure j'ai failli pleurer quand vous l'avez commencé.
—Je l'ai chanté à dessein, répondit Bénédict; c'était vous parler au nom de Louise...