Ils avançaient tous deux dans une allée de jardin anglais, allée étroite, ombreuse et tournante. Un épais massif de sapins protégea Bénédict. Il s'enfonça dans leurs rameaux sombres, et se tint prêt à brûler la cervelle à son ennemi.
M. de Lansac venait du pavillon situé dans le parc, où jusque-là il avait logé par respect pour les convenances; il se dirigeait vers le château. Ses vêtements exhalaient une odeur d'ambre que Bénédict détestait presque autant que lui; ses pas faisaient crier le sable. Le cœur de Bénédict battait haut dans sa poitrine; son sang ne circulait plus; pourtant sa main était ferme et son coup d'œil sûr.
Mais au moment où, le doigt sur la détente, il élevait le bras à la hauteur de cette tête détestée, d'autres pas se firent entendre venant sur les traces de Bénédict. Il frémit de cet atroce contre-temps; un témoin pouvait faire échouer son entreprise et l'empêcher, non pas de tuer Lansac, il sentait que nulle force humaine ne pourrait le sauver de sa haine, mais de se tuer lui-même immédiatement après. La pensée de l'échafaud le fit frémir; il sentit que la société avait des punitions infamantes pour le crime héroïque que son amour lui dictait.
Incertain, irrésolu, il attendit et recueillit ce dialogue:
—Eh bien! Franck, que vous a répondu madame la comtesse de Raimbault?
—Que monsieur le comte peut entrer chez elle, répondit un laquais.
—Fort bien; vous pouvez aller vous coucher, Franck. Tenez, voici la clef de mon appartement.
—Monsieur ne rentrera pas?
—Ah! il en doute! dit M. de Lansac entre ses dents, et comme se parlant à lui-même.
—C'est que, monsieur le comte... madame la marquise... Catherine...