—Cela n'est pas sûr, reprit Valvèdre. Jusqu'ici, elle n'avait encouragé que des hommages peu inquiétants, des gens du monde trop bien élevés pour s'exposer à des esclandres. Aujourd'hui, elle a rencontré un homme intelligent et honnête, mais très-exalté, sans expérience, et, je le crains, sans principes suffisants pour faire triompher les bons instincts, son pareil, son idéal en un mot. Si elle cache soigneusement cette intrigue, je feindrai d'y être indifférent; mais, si elle prend les partis extrêmes auxquels cet imprudent la convie, il faudra qu'il s'attende à une répression de ma part, ou qu'elle cesse de porter mon nom. Je ne veux pas qu'elle m'avilisse; mais, tant qu'elle sera ma femme, je ne souffrirai pas non plus qu'elle soit avilie par un autre homme. Voilà ma conclusion.

VIII

Quand Valvèdre et Obernay se furent éloignés et que je ne les entendis plus, je me retournai vers Alida, qui s'était toujours tenue derrière moi; je la vis à genoux sur le gazon, livide, les yeux fixes, les bras roides, évanouie, presque morte, comme le jour où je l'avais trouvée dans l'église. Les dernières paroles de Valvèdre, que dix fois j'avais été sur le point d'interrompre, m'avaient rendu mon énergie. Je portai Alida dans le casino, et, en dépit des révélations qui m'avaient brisé un instant, je la secourus et la consolai avec tendresse.

—Eh bien, le gant est jeté, lui dis-je quand elle fut en état de m'entendre, c'est à nous de le ramasser! Ce grand philosophe nous a tracé notre devoir, il me sera doux de le remplir. Écrivons-lui tout de suite nos intentions.

—Quelles intentions? quoi? répondit-elle d'un air égaré.

—N'as-tu pas compris, n'as-tu pas entendu M. de Valvèdre? Il t'a mise au défi d'être sincère, et moi, il m'a refusé la force d'être dévoué: montrons-lui que nous nous aimons plus sérieusement qu'il ne pense. Permets-moi de lui prouver que je me crois plus capable que lui de te rendre heureuse et de te garder fidèle. Voila toute la vengeance que je veux tirer de son dédain!

—Et mes enfants! s'écria-t-elle, mes enfants! qui donc les aura?

—Vous vous les partagerez.

—Ah! oui, il me donnera Paolino!

—Non, puisque c'est celui qu'il préfère.