—Ah! mon Dieu! vous croyez que je vous parlais de madame de Valvèdre? Je n'y pensais pas, mon cher, je parlais en général. D'abord je ne la connais pas; sur l'honneur, je ne lui ai jamais parlé. Quant à vous… vous ne pouvez pas la connaître encore; vous lui avez peut-être parlé cependant?… A propos, la trouvez-vous jolie?
—Qui? madame de Valvèdre? Pas du tout, mon cher, elle m'a semblé laide.
Je fis cette réponse avec tant d'assurance, une assurance si désespérée (je voulais à tout prix me soustraire aux investigations de Moserwald), que celui-ci en fut dupe, et me laissa voir sa satisfaction. Quand nous descendîmes de voiture, j'avais enfin réussi à lui ôter la lumière qu'il avait cru saisir, qu'il avait saisie un moment, et il retombait dans les ténèbres, tout en me laissant son secret dans les mains. Il était bien évidemment revenu à Saint-Pierre parce qu'il avait rencontré madame de Valvèdre à Varallo, parce qu'il avait questionné son laquais, parce qu'il était épris d'elle, parce qu'il espérait lui plaire, et il m'avait tâté pour voir s'il ne me trouverait pas en travers de son chemin.
Ayant appris d'Antoine que les dames de Valvèdre ne dîneraient pas en bas, je voulus me soustraire au déplaisir d'un nouveau tête-à-tête avec Moserwald en me faisant servir mystérieusement dans un coin du petit jardin de mon hôte, quand celui-ci m'annonça que je serais seul dans sa grande salle basse avec Obernay, l'israélite ayant dit qu'il souperait peut-être dans la soirée.
—Et que fait-il? où est-il maintenant? demandai-je.
—Il est chez madame de Valvèdre, répondit Antoine, dont la figure prit une expression d'étonnement comique à l'aspect de ma stupeur.
—Ah ça! m'écriai-je, il la connaît donc?
—Je n'en sais rien, monsieur; comment voulez-vous que je sache?…
—C'est juste, cela vous est fort égal, et, quant à moi… Mais vous le connaissez, vous, ce M. Moserwald?
—Non, monsieur; je l'ai vu avant-hier pour la première fois.