Elle sourit avec une ineffable douceur, et elle allait répondre. J'étais suspendu au mouvement de ses lèvres; Moserwald, penché sur la table, ne regardait nullement dans la loupe d'Obernay, qu'il avait prise machinalement et qu'il ternissait de son haleine, au grand déplaisir du botaniste. Il grimaçait derrière cette loupe; mais il avait un oeil braqué sur moi, et louchait d'une façon si burlesque, que madame de Valvèdre partit d'un éclat de rire. Ce fut pour moi un moment de cruel triomphe, mais qu'un instant après j'expiai cruellement. En riant, madame de Valvèdre laissa tomber sa broderie et un petit objet de métal que je pris pour un dé et que je ramassai précipitamment; mais je l'eus à peine dans les mains, qu'un cri de surprise et de douleur m'échappa.

—Qu'est-ce donc que cela? m'écriai-je.

—Eh bien, répondit-elle tranquillement, c'est ma bague. Elle est beaucoup trop large pour mon doigt.

—Votre bague!… répétai-je hors de moi en regardant d'un oeil hagard le gros saphir entouré de brillants que j'avais vu l'avant-veille au doigt de Moserwald.

Et j'ajoutai, en proie à un véritable désespoir:

—Mais cette chose-là n'est point à vous, madame!

—Pardonnez-moi: à qui voulez-vous donc qu'elle soit?

—Ah! vous l'avez achetée aujourd'hui?

—Eh bien, qu'est-ce que cela vous fait, par exemple? Rendez-la-moi donc!

—Puisque vous l'avez achetée, lui dis-je d'un ton amer en la lui rendant, gardez-la, elle est bien à vous; mais, à votre place, je ne la porterais pas. Elle est d'un goût affreux!