—J’ai été ridicule, comme toujours, répondit l’abbé Donissan... Enfin, je me suis perdu...

—De sorte que vous êtes arrivé trop tard à Étaples, les confessions terminées?

—Je n’ai pas encore tout dit, avoua le vicaire piteusement.

—Par exemple! s’écria l’abbé Menou-Segrais, en frappant violemment l’accoudoir de son fauteuil, avec une vivacité bien différente de ses manières habituelles. Et que vont dire ces messieurs, je vous le demande? Arriver en retard, soit. Mais ne pas arriver du tout!

Si peu soucieux qu’il fût à l’ordinaire de l’opinion d’autrui, il craignait le ridicule d’une crainte nerveuse, qui était comme l’élément féminin d’une nature pourtant assez mâle. Et de quelle moquerie ne serait-il pas l’objet, par un détour, dans la personne de son vicaire, déjà assez brocardé! Toutefois, rencontrant le regard de l’abbé Donissan, d’une magnifique loyauté, il rougit de sa faiblesse et continua paisiblement:

—Ce qui est fait est fait. J’écrirai ce soir au chanoine, pour nous excuser. A présent, dites-moi...

Pitoyable, il montrait une chaise de sa main tendue. A sa grande surprise son vicaire resta debout.

—Dites-moi, répéta-t-il sur un ton bien différent de sollicitude et d’autorité, comment vous vous êtes perdu dans un pays qui n’est tout de même pas un désert sauvage?

La tête de l’abbé Donissan restait penchée sur son épaule, et son attitude exprimait un humble respect. Pourtant sa réponse tomba de haut:

—Dois-je vous dire ce que je crois être la vérité?